En France, les sociétés d’autoroute ne se sont jamais permises d’aller aussi loin dans le marchandisage des stations service. Une seule entrée avec un tourniquet. Impossible de sortir sans longer un interminable magasin en forme de serpentin et de passer devant tous les attrape-nigauds de la création.

Vers midi, nous nous décidons enfin à faire de l’auto-stop ; pas plus de cinq minutes et nous voilà à bord d’un minibus avec des maçons italiens. En Italie, beaucoup de gens du sud remontent chaque semaine dans le nord pour travailler. Marc notre caméraman, embarque avec nous et découvre une super ambiance dans ce van. Tout le monde est content de nous voir. Ils nous montrent les photos du chantier, c’est un travail superbe. Sur les photos on découvre la réalisation d’une cave à vin en brique avec des plafonds en croisées d’ogives. Ils étaient fiers de leurs œuvres et ils avaient de quoi l’être. Dans le bus il y a quatre personnes : Le père, son fils et deux ouvriers du même âge que le fils, environ 25 ans.
Mais, dès le départ du bus nous nous apercevons que le père a une conduite particulière. Il bombarde entre 140 km/h et 180km/h et quand il nous explique quelque chose, il se retourne et nous fixe longuement droit dans les yeux ! Notre seul souci est de lui faire voir très vite qu’on l’a compris. Vers 14h, pause déjeuner : Frites et pizza. Nous repartons sur les chapeaux de roue. Le chauffeur donne soudain des claques à son fils ; ils vont se battre ? Non ! Ils changent de conducteur au vol à 160. Et c’est reparti ; il colle au cul des voitures, à coups de klaxon, de coups de volant et d’appels de phares. Et encore il les engueule et leur fait des gestes obscènes en les doublant. Cet après-midi, l’expression « conduire à tombeau ouvert » a pris tout son sens. Pierre qui 33ans auparavant était descendu d’un lift à cause de la vitesse, assume ce nouveau rendez-vous et encaisse tous les coups et toutes les frayeurs. Nous remarquons la subtilité de ces jeunes gens, lorsque la discussion roule sur le football, ils évitent de nous demander notre avis mais nous demandent juste ce que l’on dit en France sur le sujet. Ce qui nous permet de répondre en évitant toutes polémique. Nous arrivons à 19 heures sur l’aire de repos juste avant Naples. Le père nous offre le café, nous embrasse tous et repart avec son armée de jeunes ouvriers. Un salut cet homme qui assume deux copains de son fils pour lui enseigner un métier dans la joie et la bonne humeur.

Le soir, nous repérons un endroit pour planter la tente puis, après un repas succin dans le restaurant de l’autoroute, nous buvons un coup avec les deux journalistes. Je dois avouer qu’après cet intermède, nous avons du mal à planter la tente. Cette nuit je n’ai même pas dormi dedans, j’ai préféré me la faire à la belle étoile.